« Restez en France ! » Mais oui… comme d’habitude, vous savez !

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 « Restez en France ! » Mais oui… comme d’habitude, vous savez !

14/05/20

A l’heure du déconfinement, l’injonction du « Restez à la maison » est en train de se transformer, vacances obligent, en un autre commandement un peu plus oxygénant mais tout aussi péremptoire : « Restez en France ». Le Premier Ministre a été clair dans son intervention du 14 mai sur le nouveau plan d’aide à l’industrie touristique française. Propagande économique ? Propagande civique ? Solidarité ? Les trois mon général ! Il est vrai que le tourisme national a besoin de ses touristes nationaux pour vivre, mais il n’a pas attendu le coronavirus pour retenir les Français dans ses filets…

Nos sacro-saintes vacances estivales approchent mais ne sont pas totalement garanties.

Encore plus ou moins confinés, nous venons d’apprendre que nous pourrons prendre des vacances en été, plutôt en France mais ne savons pas exactement quand hôtels, avions, restaurants, activités de loisirs… fonctionneront vraiment.

Quant aux distances de circulation autorisées, tout dépendra de notre bonne conduite en matière de gestuelle barrière : 100 kilomètres aujourd’hui. Peut-être un peu plus demain ? Ou un peu moins ?

En bref, les vacances cette année, il faudra les mériter et y être autorisés !

Les « staycations » : une invention anglo-saxonne

Quant aux escapades à l’étranger, pas un mot de la part du ministre.

Cependant, quand les temps sont difficiles et que les cieux sont obstrués, autant ne pas voir des vagues de voyageurs se diluer de l’autre côté des frontières avec tous les risques qu’ils courent et font courir aux destinations accueillantes.

Se confiner en France, et même carrément dans sa maison, met donc à l’honneur le concept de « staycation » inventé par un Canadien en 2005, puis largement repris par les Britanniques à la faveur de la crise économique de 2008.

Depuis cette date, ces grands voyageurs que sont nos voisins d’outre-Manche ont renoncé en partie à leurs séjours en Espagne ou en Italie et ont réussi à faire des « vacances à la maison » un concept à la mode synthétisant des valeurs d’actualité : écologie, économie et lenteur.

Une prouesse en termes d’image. Car, il y a peu, dénué de ce nouvel habillage marketing, passer ses vacances dans son pays semblait être plutôt le fait des classes sociales les moins favorisées n’ayant pas les moyens de s’envoler pour Santorin ou le Machu Picchu !

Le tourisme social accro à la France

Loin de cet artifice marketing, les Français pour leur part, n’ont pas attendu l’avènement des « staycations » pour rester chez eux.

Si l’on daigne enfin regarder la réalité des chiffres sur cet outil indispensable qu’est le Mémento du tourisme (réalisé par la Direction Générale des Entreprises), nos compatriotes ont toujours été au moins 70% à avoir la fibre franchouillarde en matière de vacances.

Ils atteignent même l’un des pourcentages les plus élevés d’Europe, où pourtant en Espagne, Italie, Grèce et autres pays des Balkans, c’est la règle.

Pourquoi un tel engouement pour notre douce France ?

D’une part, notre pays compte 3,3 millions de résidences secondaires que l’on se partage volontiers durant l’été.

D’autre part, la diversité de notre géographie et de notre patrimoine sont indéniables.

Enfin, fidèles à leurs attaches familiales, plus de 50% environ des Français profitent de leurs congés pour rendre visite à leurs proches.

Mieux, si l’on suit les évolutions des statistiques concernant l’hébergement, on s’aperçoit qu’en 2019, la fréquentation des hébergements touristiques par les Français a augmenté de 2,4% (Sources Insee).

Et si l’on consulte les fiches d’Atout France (ouvertes à tous sur le site atout-france.fr), même constat : les Français sont les premières clientèles de l’Hexagone dans toutes les régions, souvent loin devant ces clientèles internationales qui nous manqueront tant cet été.

L’éducation populaire et le tourisme social : bien français

Notons aussi au passage, qu’à l’heure où le Président de la République a l’air de découvrir les « vacances apprenantes », celles-ci sont bien ancrées dans la tradition française de l’éducation populaire.

Le tourisme associatif pour adultes ou pour jeunes ne s’est jamais dispensé de séances de loisirs éducatifs dans le cadre de ses séjours qui pèsent lourd dans la fréquentation nationale : 1 500 établissements nés après-guerre, situés en général sur les plus beaux emplacements de France, accueillent quelque 5 millions et demi de vacanciers, tous français. Un chiffre relativement stable d’une année sur l’autre.

Quant aux Gîtes de France qui ont fait leurs premiers pas dès 1951, ils affichent dans leurs 70 000 établissements, une clientèle composée à 70% de nationaux.

C’est aussi sur les pistes de la montagne française que les skieurs vont majoritairement chausser leurs skis ou randonner en été.

Quant à un géant comme le groupe Pierre & Vacances/Center Parcs, il reçoit une grande majorité de Français.

La grande bourgeoisie dans ses châteaux

Autre clientèle (inattendue) addict des vacances en France, cette très grande bourgeoisie héritière de gentilhommières et autres châteaux, pratiquant un entre soi dans les triangles d’or du Lubéron, du Perche, du Périgord ou du Morbihan.

La sociologue spécialiste des très beaux quartiers qu’est Monique Pinçot-Charlot a été très précise sur ce sujet : c’est dans les régions françaises que les grands bourgeois passent l’été, confinés dans leurs demeures issues d’héritages de noble lignée.

Non qu’ils délaissent les voyages lointains. Ils les pratiquent. Mais en décalé, soit l’hiver, entre « happy few », loin des hordes déversées par l’aviation low cost.

Et que dire des navigateurs amarrant leurs yachts dans des ports nationaux, moyennant des tarifs exorbitants !

Nul besoin donc d’inciter les vacanciers français à renouer avec la découverte de la France. Nos compatriotes la connaissent et ne demandent qu’à y rester. Pourvu que l’offre nationale ne se révèle pas dissuasive en termes de prix.

Car, c’est bien là que le bât peut blesser. L’offre touristique dont la qualité progresse et se diversifie, souvent selon les normes du développement durable, n’est pas forcément économique.

Incriminés surtout, les tarifs des brasseries dont pourtant nous attendons avec impatience la réouverture ! Incriminés aussi, une hôtellerie aux prix plus élevés parfois de 30% par rapport à la Grèce ou l’Espagne.

D’ailleurs, une étude publiée par Atout France en 2018 vérifiait que les départs à l’étranger en été étaient plus le fait des revenus moyens que des revenus élevés. Ce qui indique bien qu’en termes d’image, « Restez en France » devient plus « glamour » que « Quittez la France » en été tout au moins.

L’impact économique des « staycations » généralisées

Mais, par les temps qui courent, que rapportent offre et marchés domestiques ?

Comparés aux recettes du tourisme international, le tourisme des Français en France est moins rentable, tout le monde le sait. Surtout en France : 160 milliards de recettes dont 60 milliards seulement pour le tourisme national !

Plus intéressant cependant, une étude réalisée à partir des données OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), essaie d’examiner ce qu’il en serait du chiffre d’affaires du tourisme avec des clientèles nationales uniquement.

Surprise ! Les résultats sont variés.

Si l’Allemagne, par exemple, récupère en tourisme domestique toute la demande allemande, ses recettes augmenteraient de 10%.

En revanche, si c’était le cas de la France, qui gagnait toute sa demande domestique, elle perdrait 13%. Pourquoi ? Parce que les Allemands sont historiquement de grands voyageurs.

Autres chiffres intéressants : ceux concernant l’impact sur le PIB national d’un tourisme devenu exclusivement domestique : -7% pour la Grèce, -6,6% pour le Portugal, -4,2% pour la Turquie et -3,7% pour l’Espagne.

En revanche, la France ne perdrait que 0,8% et l’Italie en perdrait 1,3% ! Tandis que des destinations comme la Chine gagnerait quelque 1,7% de PIB. Même la trop petite Belgique y gagnerait ! *

Ce rapide tour d’horizon vous a-t-il convaincu que le tourisme national en France n’a pas besoin que l’on fasse sa promotion permanente et que l’on pousse ses habitants à en faire la découverte ? Non.

Le tourisme français sait se débrouiller. Il s’est suffisamment professionnalisé pour affronter les défis avec des stratégies de crise.

Pour preuve cette année : les efforts des territoires, les plans de sauvetage réalisés en urgence pour garantir le sanitaire par le privé et le public, les aides de l’Etat… et surtout la fidélité innée pour leur pays des touristes nationaux !

 

tourmag du 14 mai

 

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