Crise économique : le désarroi des professionnels du tourisme

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Crise économique : le désarroi des professionnels du tourisme

07/05/20

À quoi ressemblera la saison touristique ? Question majeure depuis le début de la crise sanitaire d’autant que le 11 mai ne sera pas synonyme de réouverture pour tout le monde ! Une question plus cruciale encore dans les micro-régions où l’activité touristique est la seule ressource économique.

Si les deux départements de l’île sont au vert sur la carte sanitaire nationale, il n’en va pas de même pour ce qui est de l’activité économique et plus particulièrement du tourisme. Si le PIB de la consommation touristique représente en France continentale 7 %, il dépasse en Corse les 30 %, sans compter les effets induits en terme d’emplois, stables où saisonniers. Les professionnels du tourisme craignent que 2020 soit une année blanche, d’où l’initiative prise par les représentants corses de l’UMIH (l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie) de s’adresser directement au Président de la République par écrit. Dans une lettre, relayée pat le préfet de Haute-Corse, ils demandent à Emmanuel Macron « de la visibilité et des mesures fortes pour pouvoir survivre ».

Signe de leur désarroi, ces derniers se montrent assez direct dans ce courrier : « Comptez-vous nous aider ? Ou comptez-vous nous laisser mourir ? » L’UMIH réclame officiellement un soutien spécifique. « En Corse plus qu’ailleurs nous sommes dans une véritable urgence économique car nous sommes sur une ultra saisonnalité de notre activité et que par rapport aux autres régions continentales, nous n’avons pas une clientèle de proximité pour compenser la perte de touristes » explique Bernard Giudicelli, le président de l’UMIH Corsica. A cela s’ajoute, pour une île, la problématique des transports « devenue très pénalisante au vue de la situation sanitaire ». Pour son union aussi la priorité reste évidemment la santé publique mais à coté de cela, il souhaiterait que « le gouvernement prenne en compte l’ensemble de l’impact que va avoir cette crise sur l’économie insulaire ».

Nombre d’incertitudes pèsent en effet sur des centaines d’entreprises comme les hôtels, les restaurants, les campings et les commerces de ville et cela est plus particulièrement sensible dans les villes ou les microrégions où le tourisme demeure le support économique majeur. En Balagne par exemple, 85 % de l’économie locale tourne autour de l’activité touristique et la saison aurait déjà dû commencer depuis quelques semaines

Or aujourd’hui, de l’Ile-Rousse à Calvi en ce début du mois de mai, le soleil ne réchauffe que des marchés, des rues piétonnes et des plages désertes. Du jamais vu pour Gilbert Baracchina, le président de l’association des commerçants de l’Ile-Rousse. « C’est affreux en cette période, c’est affreux, on se croirait au mois de mars ». La saison touristique toute entière pourrait bien être presque aussi calme. Aussi, l’association de Gilbert Baracchina réclame t’elle un plan pour relancer l’attractivité de l’île, faute de quoi dit-il, « beaucoup de monde ne s’en sortira pas ».

Le discours est le même chez les hôteliers voisins de Calvi où l’on attend, portes closes, que le virus s’évapore. Dans l’établissement de luxe « La Villa », le patron en profite pour refaire ses peintures et ne se fait guère d’illusions : « On va mettre 5 ans minima pour remonter la pente, soupire, fataliste Jean-Pierre Pinelli.

Le propriétaire de cet établissement 5 étoiles est membre du « Cercle des grandes maisons corses ». Il entretient encore l’espoir de faire un minimum de recettes cet été : « si nous arrivons à faire un chiffre sur juillet, août, septembre et peut être octobre qui représente 30% du chiffre que l’on faisait sur une saison courante alors ce sera déjà un exploit » lâche t-il timidement, comme pour essayer de garder le moral. Ce qui ne l’empêche pas d’ajouter qu’il faut s’attendre à faire face « à un vrai choc psychologique et émotionnel ».

L’onde de choc a déjà atteint le littoral où les propriétaires de paillotes, saisonniers par excellence, s’attendent déjà au pire. Les établissements de plage devaient déjà être avoir ouvert leurs portes depuis un bon mois en cette période de l’année. Pas de clientèle suisse et allemande, spécialiste des séjours printaniers et nature, pas plus de 3ème âge qui priorisent cette période moins accablante au niveau chaleur et pas de Festival « Calvi on the Rocks », manifestation de musique électronique d’ampleur (reportée pour l’instant au 3 juillet mais très incertaine) qui attire chaque année des milliers de jeunes et qui lance véritablement la saison estivale à Calvi et dans toute la Balagne. C’est une succession de coups durs qui défilent et qui sera difficile à affronter, selon Gilbert Vietto. Président du syndicat des plagistes de Calvi il annonce déjà que, face à l’inconnu, pas mal d’établissements n’ouvriront pas (…), quelques uns joueront le jeu, à minima, par rapport à la commune en essayant d’ouvrir pour donner une offre au peu de touristes qui viendront cet été, mais on sait très bien qu’on ne fera pas, économiquement, une saison ». Que l’on soit plagiste, hôtelier, restaurateur, tous finalement ne peuvent faire qu’une chose : attendre ! Attendre des aides, des touristes et que la crise passe.

 

France bleu du 7 mai

 

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