Accueil / « La CCI est un partenaire essentiel pour le tourisme » Angèle Bastiani
26/01/2022
Retombées médiatiques institutionnelles

Entretien avec Angèle Bastiani

La présidente de l’Agence du tourisme de la Corse esquisse sa feuille de route de la prochaine saison, définit ses ambitions et table sur la coopération de notre institution à court et à moyen termes pour un développement harmonieux et durable du tourisme…

Le tourisme pèse ici un tiers du Pib. Vous le considérez comme la force motrice de l’économie corse ?

En réalité, la référence Insee de 2017 situe l’activité à 39 % du Pib. Le tourisme est en phase avec ce que la Corse peut produire de meilleur. Mais l’économie corse aurait aussi un avantage à se diversifier. Moins de frustration, de lassitude et d’incompréhension se ressentiraient dans la société corse lorsqu’on traverse le pic de fréquentation du mois d’août. Jouer la carte de la déconcentration temporelle, géographique et de provenance au détriment de la saturation et des désagréments environnementaux, est une mission que je m’assigne et qui me motive car je sais qu’elle rencontrera le consensus auprès de la population comme des professionnels. Il nous faut pour cela aller chercher des publics nouveaux, y compris à l’étranger, avec d’autres envies et d’autres aspirations. Le tourisme corse a tout à gagner à s’étirer dans le temps, à mettre davantage en valeur son patrimoine, sa culture, son artisanat et pas uniquement ses plages. Oui, c’est une force motrice qui doit mieux profiter à notre île et à ses habitants.

Quelles initiatives allez-vous prendre pour préparer au mieux la prochaine saison ?

Sur la base de la déconcentration que j’évoquais et dans la perspective de décliner des actions concrètes, j’ai entamé une tournée des territoires pour travailler main dans la main avec les communes, les intercommunalités et leurs offices de tourisme, les socioprofessionnels. Chaque territoire a sa propre offre touristique et l’objectif est de lui donner ainsi qu’à ceux qui la font vivre, la plus grande visibilité possible. Nous avons initié une démarche de labellisation, via notamment l’Écolabel européen pour les hébergements hôteliers. De même, toutes les informations des territoires seront centralisées sur nos plateformes de promotion qui privilégieront les parcours thématiques. Ils seront au coeur de notre plan marketing 2022, ambitieux et novateur.

Comment faire en sorte que le recrutement des personnels pour les hôtels et les restaurants ne soient plus un obstacle récurrent ?

C’est une difficulté récurrente sur laquelle l’Agence n’a pas toutes les clés en main pour la surmonter au-delà de sa solidarité avec les professionnels qui en souffrent. Face à ce problème structurel, mon ambition est de valoriser les filières de formation de nos lycées hôteliers qui, par le passé, ont pu produire des chefs étoilés et des sommeliers de renom. Ces établissements sont à proximité des aéroports, ce qui encourage la venue de formateurs de haut rang par le biais de partenariats inhérents à l’hôtellerie, la restauration, l’apprentissage des langues. Le tourisme, c’est aussi des métiers gratifiants qui méritent d’être promus auprès des jeunes Corses.

Une grande école hôtelière manque-t-elle à la Corse ?

Qui pourrait soutenir valablement le contraire ? La revalorisation de la formation n’est pas un frein à un tel projet mais plutôt les prémices. On peut y travailler dès à présent. Il ne dépend pas de la seule volonté des pouvoirs publics, il doit être le fruit d’une coproduction avec l’ensemble du secteur. En attendant, il ne faut pas rester les bras ballants et porter nos efforts sur la formation professionnelle qui vise l’excellence.

La destination Corse est-elle encore attractive en termes de tarifs ?

L’insularité est une chance pour le tourisme mais aussi un handicap car il faut des avions pour venir de loin. Le coût d’acheminement vers la Corse est élevé, parfois même déroutant, par rapport à d’autres destinations, il faut le reconnaître. Il l’est aussi pour les Corses même si les résidents bénéficient des efforts de la Collectivité dans le cadre de la délégation de service public qui a permis une baisse historique des tarifs. Sur les autres opérateurs aériens, nous n’avons pas de prise directe. Si nous réussissons la conversion d’un tourisme ultra saisonnier en un tourisme des quatre saisons, avec une clientèle diverse et mieux répartie dans le temps, la régulation de l’offre et de la demande peut rendre la politique tarifaire des compagnies plus attractive.

Que pensez-vous de la stratégie mise en œuvre pat la CCI de Corse pour attirer plusieurs opérateurs aériens et reconnecter la Corse au continent et à l’Europe en pleine pandémie ?

C’était une très bonne initiative qui est venue s’ajouter aux efforts consentis par Air Corsica pour accroître son offre et ouvrir de nouveaux ponts aériens. Les deux stratégies sont utiles, complémentaires et appelées à être consolidées. Pour ce faire, ils trouveront en l’Agence de tourisme de la Corse un allié indéfectible. Si nous travaillons ensemble sur des objectifs communs, tout se mettra vite en cohérence au profit de notre économie touristique et ce, dès les prochains mois.

Les ports et aéroports de l’île avaient leur vitrine au dernier grand salon professionnel Porte de Versailles. Des programmes de modernisation, de sécurisation et de transition écologique sont prêts. Faut-il investir ?

Le président du Conseil exécutif s’est intéressé de très près à ces projets de grande envergure relatifs à des infrastructures qu’il faut progressivement moderniser, sécuriser et rendre moins carbonés. Un environnement de qualité pour le public et pour les agents et prestataires qui y travaillent.

Considérez-vous la CCI de Corse comme une force de propositions ?

Bien plus que cela. Sa connaissance du terrain et sa capacité à agir avec une grande réactivité en font un partenaire essentiel sans lequel nous aurions des difficultés à concrétiser toutes nos ambitions. Le rapprochement entre la CCI de Corse et la Collectivité de Corse est quelque chose de naturel et de très fructueux pour la Corse, j’en suis personnellement convaincue.

 

ARTICLE PARU DANS L’ÉDITION N°17 (JANVIER 2022) DE LA LETTRE – CCI DE CORSE

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