Accueil / La data est-elle l’avenir du tourisme responsable ?
05/10/2018
Veille tourisme durable

Réguler le tourisme de masse

Qui a dit que le tourisme durable était un truc de mangeurs de graines ? Imaginer un tourisme plus respectueux passe par la gestion des flux touristiques et pour cela, la data est l’outil le plus crédible.

La data est partout. Nos données sont prélevées quoi que nous fassions. Pour les professionnels du tourisme, l’étude des données clients, des préférences et des habitudes d’achat s’avère particulièrement importante et utile.

D’autant que les clients sont en demande de propositions sur-mesure. Cibler les clients, savoir où ils vont et connaître leurs préférences pourraient, au delà d’un outil commercial efficace, servir à éviter la surpopulation touristique de certains lieux.

« C’est clairement l’une des solutions d’avenir, confie Guillaume Cromer, consultant chez idtourisme. On pourrait quantifier et rationaliser les passages. Mais j’ai peur qu’à l’heure actuelle il n’y ait pas beaucoup d’initiatives allant dans ce sens ».

Force est de constater en effet, que peu de choses semblent se développer dans cette direction. Pour réguler les flux de touristes par exemple, Venise amis en place en mai 2018 des portiques d’accès à la ville. Entre le mardi et le vendredi, la police a la possibilité de fermer l’entrée en cas de trop forte affluence.

« C’est complètement aberrant ! s’emporte Guillaume Cromer. Ça coûte très cher à la Ville, et cela a tendance à la transformer en parc d’attractions. A ce compte-là autant prendre des personnes qui comptent à la main ce serait exactement pareil ! Les systèmes de comptage, c’est un peu vieux tout ça. On ferme l’accessibilité des sites au lieu d’utiliser un simple smartphone que tout le monde a, via une technologie qui ne me semble pas si compliquée à mettre en place en 2018, avec les moyens que nous donnent l’intelligence artificielle (IA) et l’expérience utilisateur (UX) »

Les applis de séjours, une solution ?
Pour lui, les applications de séjours pourraient être un medium idéal.

« Elles sont critiquées parce que peu téléchargées mais créer un push pour inciter les gens à aller voir tel endroit plutôt que tel autre, en mettant une photo pour montrer que c’est "instagramable", je serais le premier à être ravi qu’on adapte et personnalise l’offre en fonction de mes données ».

Alain Capestan, Président de Comptoir des Voyages et Nomade Aventure est lui aussi certain que l’avenir est dans les applis, et notamment dans l’application Luciole, développée pour Comptoir des Voyages.

Si l’application ne propose pas d’alternative, elle informe l’utilisateur sur les lieux et les distances, de manière à l’assister dans l’organisation de ses itinéraires, notamment.

l'application Luciole permet de créer son trajet - crédit photo comptoir des voyages
l'application Luciole permet de créer son trajet - crédit photo comptoir des voyages
« Luciole géolocalise tout, explique Alain Capestan, ce qui permet de préparer son voyage et d’ajuster par exemple l’utilisation des transports et les dépenses énergétiques en fonction des distances. Elle peut aussi fournir des informations sur le lieu et éventuellement sur l’impact écologique mais on est plutôt sur de l’humain assisté : Luciole vient en complément du travail de l’agence ».

Un outil pour responsabiliser les touristes et les informer, mais pas d’action proactive afin de juguler la présence trop forte des
touristes, même si les statistiques de l’application devraient, à terme, permettre d’obtenir une base de données qualitative et des informations sur les visites et les possibilités d’amélioration pour les lieux de visites.

La réactivité grâce à la data
Des utilisations concrètes de la data dans la régulation des passages existent.

« La data sert déjà à repartir mieux ou à limiter le flux, à établir des numerus clausus en fonction par exemple des données
de l’aérien : la data montre du doigt le problème, et l’humain régule, comme c’est le cas au Bhoutan, aux Seychelles ou aux Galapagos » indique Alain Capestan.

Sans aller aussi loin, en France, la data prélevée depuis nos smartphones est utilisée par les territoires pour évaluer et trouver des solutions. Visit Data agrège plusieurs sources de données pour proposer une analyse statistique aux régions, départements ou stations touristiques.

« Depuis 3 ou 4 ans les données mobiles issues des smartphones sont les meilleurs outils pour avoir une vue complète de la fréquentation » affirme Laurent Pouyet, PDG de Visit Data. C’est via Flux Vision Tourisme développé par Orange que se font la plupart des mesures dans le secteur, « parce que leur dispositif est le seul qui soit conforme aux exigences de la CNIL. Mais SFR* et Bouygues sont sur les rangs » ajoute-t-il.

L’outil est déjà utilisé par le Parc national des Calanques. « Il permet d’être réactif. Les statistiques sont très précises et nous aident à faire de la projection, explique Isabelle Bremond, directrice générale de Provence Tourisme. On sait par exemple que les locaux entrent dans le Parc par Marseille quand les touristes préfèrent entrer par Cassis. Cela nous permet de diriger
nos guides ou d’adapter nos signalétiques de ce côté du parc, de manière à mieux circuler. La data nous sert aussi à créer des zones de délestage ».

Le parc des calanques à Marseille s'appuie sur la data pour réguler le flux de touristes - crédit photo : Parc National des Calanques
Le parc des calanques à Marseille s'appuie sur la data pour réguler le flux de touristes - crédit photo : Parc National des Calanques
Si les utilisations sont nombreuses, force est de constater que la data aujourd’hui sert davantage à réagir a posteriori plutôt qu’à prévenir. Il semble que le tourisme pour le moment n’a pas trouvé comment utiliser la data en temps réel pour faire de la prévision, inciter et réguler.

« Il y a un problème de réactivité regrette Guillaume Cromer. Le numérique va très vite et les habitudes
changent plus rapidement que les aménagements logistiques. On doit être dans la proactivité et non pas
dans la réaction. C’est un secteur sous utilisé, avec un vrai modèle économique à investir ».

En devenant, par exemple, apporteur d’affaires et attirant les touristes dans des zones à développer
suggère-t-il… Ou en créant pourquoi pas, de nouveaux métiers, comme celui de « trafic manager », pour gérer
le flux des grosses destinations via la data.

Tourmag du 4/10/18