Accueil / Le voyage dans 20 ans
12/04/2018
Veille innovation

Le Welcome City Lab a dévoilé le second tome de son « Cahier des tendances ». Un ouvrage qui recense toutes les tendances d’aujourd’hui (et de demain) dans le secteur du tourisme et du voyage. Chaque semaine et en exclusivité, i-tourisme et Le Quotidien du Tourisme vous dévoilent une nouvelle tendance. Pour ce dernier article faisant office de conclusion, François Perroy, co-fondateur des Agitateurs de Destinations Numériques, imagine ce que sera le tourisme dans 20 ans. 

Le voyage dans 20 ans ne s’opérera pas tant d’un pays à un autre. Les contraintes de sécurité accrues auront donné naissance au développement d’une maladie paranoïaque sociétale. Le contrôle sera omniprésent : secrètement appelé par les citoyens à partir de la diffusion de leurs données numériques, doublé du tatouage individualisé, puis de l’insertion de codes personnels sous-cutanés au niveau des pouces, il sera finalement rejeté profondément, y compris les fonctions d’enregistrement vocaux, photos et vidéos greffés à la naissance sous les pouces des nouveaux petits Terriens. Le voyage ne sera plus l’apanage des actifs en déplacements d’affaires ou en vacances, il sera le fait de tous. Le nomadisme aura repris de la vigueur y compris dans les sociétés les plus riches, mais sera catégorisé par l’âge en raison du vieillissement accru de la population.

L’appel à une liberté individuelle et à la rencontre avec d’autres citoyens du monde sera une quête puissante, notamment des nouvelles générations africaines avides de voyages et de découvertes enrichissantes.

Les phénomènes suivants irriguant le tourisme seront alors observés :

  • L’établissement de relations de voyages amplifiés entre villes de taille intermédiaire (quelques millions d’habitants), sans qu’il soit question de jumelage, mais plutôt d’appariements volontaires entre citoyens et cités pour les plus jeunes et les actifs.
  • La désertion quant à la découverte des pays en tant que tels. On ne dira plus : “j’ai visité le Mexique, mais je viens de vivre 9 mois à Ensenada où j’ai travaillé à la culture piscicole”
  • La reconquête d’espaces agricoles laissés vacants au cours des décennies passées pour y inventer de nouvelles formes de voyages sera engagée : des espaces ruraux, nouvellement défrichés seront de nouveaux terreaux fertiles pour l’accueil de nouveaux voyageurs, parmi les plus âgés, avec ré-invention de sociétés d’accueil et de services partagés, couplés à des temps de travail pour tous (on ne prendra plus sa retraite, mais à l’image des abbayes et monastères, on se retrouvera dans des utilités et réassurances collectives)
  • La France, forte de son deuxième plus grand domaine maritime, aura pris la décision de l’investir pleinement en facilitant la création de hameaux du bout du monde par une incitation au départ et à l’investissement dans des unités d’accueil et de production locale, le coholidaying et le coworking seront à l’oeuvre pour des séjours au long cours dans les îles autour de l’Antarctique, de l’Océan Indien et de l’Océan Pacifique : des dessertes aériennes pour des voyages d’au moins 6 mois seront établies vers ces kibboutz lointains.
  • Le voyage de délassement ou les vacances du repos, seront considérés bizarrement en raison de l’allongement de la durée de vie, de la nécessité observée et fortement recommandée d’être actif le plus longtemps possible au service de la société, et de la raréfaction des ressources permettant les déplacements sans service associé car l’avion électrique, bien qu’en développement, ne sera pas encore suffisamment déployé pour absorber les besoins d’une société de 9 milliards d’habitants.
  • Le voyage aérien commencera par une pesée individuelle et le même poids devra être requis au retour pour rembarquer au risque de rester sur place ou de payer une forte surtaxe pour diminuer la charge aérienne et la pollution qui en incombe.
  • Le voyage sera aussi considéré comme étant davantage une introspection personnelle et temporelle qu’un déplacement d’un point géographique à un autre : des cellules de repli en location seront installées dans les villes.

Dans ce contexte, le voyage sera une contribution indispensable à la société. Pour aller plus loin dans la vie, les jeunes devront participer à une série d’engagements en faveur de la société mondiale. Les villes auront leur préférence en ce qu’elles concentreront les flux, qu’elles faciliteront les rencontres, les richesses, les créations et les occasions de s’ouvrir aux autres. Les transports seront accrus d’aires urbaines à aires urbaines, avec des relations directes selon la règle de l’appareillage : qui se ressemble s’assemble. Le voyage sera à la fois raréfié s’il n’est pas lié à un apport à la société et amplifié dans le sens inverse. Le voyage sera simplifié à l’extrême du point de vue de l’organisation, largement individualisé et les conditions du séjour tendront le plus possible vers une immersion locale en matière d’hébergement, de restauration, d’activités, d’équipement. Les villes auront imposé, sans le vouloir spécialement, une culture urbaine similaire ou en tous les cas assimilable par les autres, au détriment des États perclus dans leurs contraintes sécuritaires et de justifications historiques.

Le digital ? Mais on n’en parlera plus en tant que tel, glissé partout y compris dans les modes de pensée et dans la nouvelle organisation démocratique du moment, faite de consultation et décisions rapides.

Le web fêtera ses 40 ans.

quotidiendutourisme.com du 10/04/18